Nouvelle adresse : Et pourtant, elle tourne (nouveau)
Nouvelle adresse : Et pourtant, elle tourne (nouveau)
Karaocake, c'est un groupe qui porte bien son nom.
Sa musique, quand commence à l'écouter c'est vraiment comme
les gâteaux tout sucrés des vitrines qu'on a envie de manger,
tellement qu'ils sont mignons et colorés,
avec des jolies notes légères qui s'envoleraient de dedans,
et qu'on se trémousse de plaisir la bouche pleine rien qu'à les regarder.
Les gens, j'ai remarqué, ça leur fait à tous cet effet joyeux.
Après, ils se regardent avec des sourires contents, même à ceux qu'ils ne connaissent pas, comme s'ils s'aimaient depuis toujours.
Bien sûr il y a toujours les aigris de la vie qui disent que "Moui enfin je trouve tout de même ça un peu trop léger un peu trop gentil". Comme si c'était dangereux d'être "gentil". Mais ça c'est parce qu'ils ont dû manquer d'amour quand ils étaient petits, ou brimés à l'école à cause d'un nom bizarre ou à cause de leur maman qui leur mettait toujours des sweats vert et mauve trop ridicules. Les pauvres, on voudrait bien les aider en leur donnant beaucoup d'amour (surtout un soir comme ça où on voudrait bien qu'ils soient contents aussi) mais bon des fois c'est fatigant, et puis de toute manière parfois ils font exprès d'être désagréables, ou alors ils refusent carrément.
Mais là, à Limoges, le miracle c'est qu'il n'y en avait pas, des comme ça. Alors que d'habitude, y'en a toujours au moins un, rien que pour le style).
Ou alors c'est moi, et l'effet magique que ça m'a fait de me retrouver dans cette ville de mes années étudiantes, des siècles après.
Ce soir-là à Limoges au Bout Du Monde, Karaocake c'était vraiment délicieux et tout le monde était d'accord.
C'est une drôle de chose, de s'inviter dans les paysages intérieurs de son frère,
qu'on connaît à la fois si bien
et pourtant toujours,
si secret.
D'un de vos morceaux tu dis :
"C'est un long traveling dans Dinard, en compagnie d'un personnage nommé Gaspard."
Et votre musique c'est tellement ça, une promenade lente et tranquille
dans un tableau ou dans un film,
où rien n'échapperait aux sens,
une ballade contemplative qui se balade
entre mélodies mélancoliques et extase des harmonies
Et puis il y a la voix et la touche de P. ton ami qui s'accorde et complète si parfaitement le tableau,
qu'on vous aurait presque cru faits pour vous rencontrer,
de douceur et de lucidité tranchée
Je t'ai toujours envié ça,
savoir prendre ton temps,
observer et tu n'en perdais pas une miette,
l'air de ne rien en dire, juste évoquer,
le peindre en notes délicates et d'une justesse à cru
sur papier ou sur guitare,
moi qui poussais à grands coups de lames et de larmes.
Merci pour ta musique, mon frère de sang,
"Sans la musique, certains d'entre nous mourraient" dit Pascal Quignard.
C'est pas grave, Joséphine
Même si toutes tes étoiles s'éteignent une à une
C'est pas grave.
Songe à ce que disait Mahault,
avec ses petits yeux noirs d'enfant
toujours éblouis,
jamais battus
"C'est pas grave"
Il reste la matière noire
à éclairer
Elle est là ton exploration
Le défi de la science de demain.
J'ai toujours, depuis mes 16 ans et la découverte initiale (et initiatique) de Daydream Nation, été une fan inconditionnelle de Sonic Youth.
Surtout de la "première période" (pour les initiés).
Alors les albums, les plus récents, on met toujours un peu plus de temps à en apprécier la substance.
Surtout qu'avec Sonic Youth, allez réécouter Daydream Nation ou Sister, 22, 23 ans après, vous y découvrirez toujours de nouvelles choses que vous n'y aviez pas encore saisies...
Et puis, ces jours d'automne, à quelques pas de l'hiver, je redécouvre Rather Ripped, sorti en 2006...
Et ce morceau, "Incinerate", je ne sais pourquoi, colle parfaitement à mon humeur. Il en deviendrait presque mon hymne du moment.
C'est peut-être à cause de ces purs accords de guitares, entre mélancolie et cette mélodie qui ne peut pas s'empêcher de vous faire chanter,
Un sourire et de la nonchalance quand même
qu'on balance entre les feuilles
qui peuvent bien continuer de tomber
et toutes leurs joyeuses couleurs,
Sautillez guitares
Derrière on crie et il y a toujours du Daydream Nation,
on est Sonic Youth quand même.
Suzanne passait souvent les samedis après-midi avec ses petits-enfants.
Les parents avaient besoin de vivre leur vie
et cela lui permettait de leur transmettre
ce qu'ils n'avaient plus le temps de leur apprendre.
Elle les conduisait au musée,
ils avaient de longues discussions,
ils aimaient ça aussi, qu'elle leur raconte,
ils lui demandaient souvent comment c'était "avant" ?
Aujourd'hui, ils allaient voir une expo
sur les émotions disparues d'antan.
Des chercheurs avaient collecté ce que l'on en savait encore
et en avaient fait une sorte de reconstitution,
où chacune était exposée avec textes explicatifs et illustrations.
Tout en se baladant à travers les salles,
en examinant longuement, intrigués, les photos et dessins qui se trouvaient là,
les enfants interrogeaient Suzanne
avec une curiosité plus affirmée encore que d'ordinaire.
Elle leur expliqua qu'autrefois,
les gens savaient faire fonctionner toutes ces émotions en eux,
ben sûr ce n'était pas toujours facile
mais on pouvait les ressentir.
Mais aujourd'hui on n'avait tellement plus le temps,
les gens étaient tellement obligés de faire semblant
pour rester efficaces et compétitifs
qu'elles avaient fini par disparaître.
Il n'était resté que la peur
car celle-ci permettait aux puissants de garder le pouvoir.
Suzanne énumérait et s'efforçait de mimer,
en repassant devant les panneaux
joie, angoisse, peur, colère,
enthousiasme, désir, frustration, agacement,
tristesse, ennui, impatience,
fierté, excitation, panique, ...
Tout cela se développait en vague à travers le corps
et s'exprimait au bout dans les gestes, les regards et les mots,
et c'est comme cela, oscillant autour d'un équilibre qui se cherchait ainsi,
comme une réaction chimique qui dégage de l'énergie ou une vapeur de quelque chose en tendant vers sa prochaine stabilité,
que les gens vivaient,
dans l'interaction avec les autres.
Le plus difficile, c'était le rire et les larmes,
ou lorsque les émotions nous faisaient soudain trembler,
ou avoir chaud
ou froid.
C'était des choses très puissantes
et très difficiles à retrouver.
Aujourd'hui, les gens avaient perdu l'habitude
parce qu'ils n'avaient plus le temps d'être entre eux
ni avec eux-mêmes.
Ils avaient toujours quelque chose à faire,
et avaient oublié tout cela.
Les enfants écoutaient, tentant de reproduire ce que leur montrait Suzanne.
S'ils s'entraînaient souvent, le soir, quand les parents étaient couchés,
ils pourraient peut-être y arriver de nouveau.
... et un topo très instructif sur le rôle des émotions :
Joséphine regarde, un matin de solitude
à travers ses persiennes le monde
engourdi de froid,
hésite à s'y élancer.
On pourrait facilement,
même en hiver,
gagner quelques minutes de soleil
en ouvrant ses fenêtres
intérieures.
Je me retrouve comme à cinq ans,
lorsque j'écoutais aux portes et observais les adultes
pour tenter de comprendre quel jeu ils jouaient.
Quels noeuds secrets tordaient leurs relations,
tout ce qui transpirait de leurs actes, leurs mots, leurs regards
recueilli sans relâche pendant des années
comme une machine fébrile analysant en continu les données reçues,
toujours à l'affût de nouvelles,
dans l'attente sans cesse repoussée
d'un résultat qui nous reposerait
enfin.
De la lumière.
Elle finit toujours par tomber,
la lumière et les mots
dans un morceau de vie qui s'immisce
entre les murs de garde
que l'on croyait bien cloisonnés.
Qu'y a-t-il de plus léger
que ces bulles dans lesquelles nos secrets nous enferment,
lorsqu'elles éclatent enfin ?
se révélant alors aussi vides que les bulles de savon
qu'on faisait lorsqu'on avait cinq ans
soufflant timidement entre nos doigts
et que l'on regarder s'envoler
et toutes leurs couleurs
puis que l'on regardait éclater en riant
un ploc,
trois petites gouttes qui piquaient les yeux
et c'est comme s'il n'y avait rien eu.
Et eux que font-ils le Samedi soir,
les Vieux ?
C'est ce que je pensais l'autre jour,
en les voyant traverser,
bras dessus bras dessous
la route à l'aventure
suivant une plus jeune une plus audacieuse
qui s'élançait devant,
à petits pas.
Le samedi ils sortent
promener leur petit rythme chancelant parmi le monde qui grouille
en décalé
comme se pincer la vie pour y croire encore un peu
Dans leur auto on les reconnaît de loin
à l'allure tendue et tellement touchante
Ne touchez à rien, quelque chose pourrait se briser
d'une minute à l'autre
Comme s'ils prenaient la mesure à chaque instant
du temps qu'il reste,
de sa fragilité,
chaque tic-tac est un rebours.
Lorsqu'ils sont encore deux,
ils ne se quittent plus,
ils ne sont plus trop de deux pour la moindre petite chose
l'un donne les instructions,
l'autre s'exécute.
Le temps à force a figé les rôles
qui se connaissent par coeur et on ne saurait plus dire
si c'est qu'ils ont fini par se ressembler,
ou si c'est une routine depuis longtemps fusionnée en osmose
Lorsque parfois il arrive qu'ils vous sourient
c'est alors un soleil pour la journée
qui s'accroche
Comme si avec le temps ils avaient fait la paix avec la mort
et savaient vous donner dans un regard,
un sourire,
tout leur coeur en legs
Eux qui savent,
débarrassés de toutes les peurs et les tracas
qui nous secouent
et on croirait les entendre vous dire
Ne vous inquiétez plus ma petite,
tout va bien se passer.
Ça commençait toujours en voiture.
Comme si on s'ennuyait,
à force d'avaler toujours
les mêmes kilomètres par coeur,
trois-cent trente en tout
les mêmes lignes droites
et puis la famille au bout.
Elle avait toujours un sujet hyper important à aborder
au premier péage
ou alors une anecdote
soudain au milieu des Causses
qui forcément soulevait,
si on y réfléchissait,
des questions philosophiques fondamentales,
et qu'est-ce que t'en pensais toi ?
Lui, il s'en foutait,
toujours il disait
Je comprends pas où tu veux en venir
Ça va trop vite dans ta tête.
Et alors elle ça l'énervait elle disait
C'est toujours pareil c'est de la flemme
Tu as le cerveau mou toujours tu t'en fous
Ou alors il faisait l'effort
mais c'était pas encore ça
Développer sa pensée il savait pas faire
Un scientifique
ça tire des conclusions élaborées patiemment
et point c'est tout
elle disait
C'est pas ça discuter
Comment je peux savoir ce que tu penses ?
elle disait
C'est juste pour avoir la paix
Il soupirait
Et toujours ça finissait en dispute
épuisée d'avance
qu'on rangeait au garage en arrivant.
Et elle s'étonnait qu'il fût surpris lorsqu'elle lui disait
Je suis hystérique et c'est normal, je suis une femme
| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||
|
|